Violon à l’ouest – article Télégramme

Fabriquer un violon en quatre jours, en voilà un challenge ! Depuis hier, quatre luthiers d’art unissent leurs savoir-faire afin de réaliser une copie d’un instrument de 1742 et de venir en aide au festival de musique classique Quatuor à l’Ouest, qui se poursuit jusqu’à dimanche en presqu’île de Crozon.

Fabriquer un violon digne de ce nom ne s’improvise pas. Il faut du savoir-faire. Et aussi beaucoup de temps. Au moins 180 heures de travail cumulé, sans compter la pose des huit à douze couches de vernis successives. Il est toutefois possible d’arriver à ses fins en moins de quatre jours. À condition d’unir ses forces. C’est le pari qu’ont relevé Jérémie Legrand, Tanguy Fraval, Tony Echavidre et Gaëlle Touchet, luthiers d’art à Landerneau, Quessoy (22), Bordeaux et Lorient (56). Le premier sort de l’école nationale de Mirecourt, les trois autres de l’école anglaise de Newark. Ce qui se fait de mieux, donc. Leurs CV sont d’ailleurs éloquents. Installé depuis hier matin au coeur de la Maison des trois métiers, au 13, rue Alsace-Lorraine, à Crozon, ce quatuor d’amis a pour ambition de fabriquer, en public, une copie du « Lord Wilton ». Construit en 1742 par Bartolomeo Giuseppe Guarneri, dit Garnerius des Gesù, il fut l’un des instruments préférés du violoniste américain Yehudi Menuhin. Et vaut une fortune estimée à plusieurs millions d’euros.

Pendant et pour le festival

Pas de quoi effrayer ces artisans de très grand talent qui, plans et moules en acrylique du petit bijou sous les yeux, ont d’abord affûté leurs outils avant d’entamer leur travail d’extrême précision sous les yeux de quelques passants intrigués… Et la caméra d’une boîte de production parisienne qui réalise un documentaire sur ce challenge. Une opération réalisée pendant et pour le festival presqu’îlien de musique classique Quatuor à l’Ouest. « Nous sommes bénévoles et solidaires de ce festival qui a de plus en plus de mal à trouver des subventions sur le territoire », explique Jérémie Legrand, planté devant son établi. Réalisé avec de l’épicéa pour la table d’harmonie et de l’érable très dense pour le reste (c’est cette combinaison qui permet d’amplifier la puissance de l’instrument), ce violon sera livré en blanc, c’est-à-dire brut, dimanche après-midi. Et sera joué dans la foulée, dans le cadre du concert de clôture du festival, à l’abbaye de Landévennec (15 h 30). « Ensuite, nous le récupérerons pour le vernir. D’une valeur comprise entre 10.000 et 15.000 € une fois passée cette dernière étape, ce violon de très grande qualité sera ensuite cédé gracieusement aux organisateurs du festival », confie Jérémie Legrand. Et d’espérer qu’une institution, un gros commerce ou un mécène sera prêt à l’acheter. « Il pourrait être prêté à un jeune musicien qui n’a pas le budget, afin de lui permettre de continuer sa carrière », imagine le luthier d’art. En tout état de cause, ça permettrait au festival Quatuor à l’Ouest de remplir un peu ses caisses.

© Le Télégramme

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